ARTEMIDORE

Artémidore de Daldis : traduction, édition et commentaire du Traité d’interprétation des songes (Oneirokritika)

Les Oneirokritika, ou Interprétation des songes, d’Artémidore de Daldis sont un texte grec assez peu connu, mais pivotal, rédigé à la fin du IIe s. ap. J.-C. dans la partie orientale de l’Empire romain par Artémidore de Daldis, un Grec qui a passé l’essentiel de sa vie à Éphèse, mais a aussi voyagé dans une bonne partie de l’Empire (Asie Mineure, Grèce, Italie au moins). C’est un traité de divination par les rêves. Il consiste pour l’essentiel en un vaste répertoire, non de rêves entiers, mais de thèmes oniriques, accompagnés de leurs diverses significations possibles, classées selon le profil socio-économique du rêveur (homme, femme, pauvre, riche, etc.) et selon les circonstances du rêve. Ces rêves traduisent les représentations de la société de l’époque et forment donc un corpus où s’exprime toute une vision du monde, ce qui fait de ce traité un objet idéal d’étude interdisciplinaire.
 C’est aussi une vaste encyclopédie de la culture matérielle du monde gréco-romain : en ce genre, il est l’un des plus riches textes dont nous disposons, au même titre que l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, les Deipnosophistes d’Athénée de Naucratis et les travaux des lexicographes anciens comme Pollux, tous ouvrages caractérisés dans une certaine mesure par une ambition encyclopédique.

Le traité d’Artémidore se présente en cinq livres d’une longueur inégale. Le premier et le quatrième commencent par des exposés méthodologiques. Mais l’essentiel du texte des Oneirokritika est formé par un examen méthodique des thèmes oniriques possibles et par leur interprétation, souvent replacée dans leur contexte social. Rêver que l’on va aux thermes, par exemple, ne signifie pas la même chose pour un homme que pour un femme, pour un riche que pour un pauvre, pour un malade que pour un bien portant, pour un homme libre que pour un esclave, etc. C’est ce répertoire des thèmes oniriques qui fait des Oneirokritika une pièce majeure pour l’analyse de la culture matérielle et spirituelle de l’Orient romain et pour la façon dont elle était perçue dans la société.

L’étude des Oneirokritika, pour être satisfaisante, requiert la conjonction de plusieurs approches :

  •  littéraire, car l’auteur de ce traité technique n’est pas dénué d’ambition littéraire et reflète la culture de son temps ;
  • philosophique, car Artémidore ne manque pas de se référer à la tradition philosophique et aux théories contemporaines ;
  • linguistique, car la prose du traité, quoique largement atticiste, s’ouvre à un vocabulaire non littéraire ;
  • historique et archéologique, car les rêves ont pour matériau les réalités sociales et la culture matérielle de l’époque et reflètent l’imaginaire antique.

En outre, les Oneirokritika sont une étape essentielle dans une longue tradition grecque qui remonte à l’époque classique (traité d’Antiphon) et reste très vivace à l’époque byzantine (traité d’Achmet). Il participe encore aujourd’hui de la culture populaire de la Grèce puisqu’il est possible, dans les kiosques d’Athènes, d’en acheter des versions modernisées, mais qui se revendiquent encore du texte antique. Ces lectures littérales se sont doublées de lectures savantes, puisque le traité d’Artémidore a été lu attentivement par Freud et a nourri la réflexion de Michel Foucault.

Il s’agit donc de situer ce texte dans un contexte historique, matériel et culturel bien précis, mais aussi dans sa transmission, afin d’en proposer une lecture synchronique et diachronique. Dans quelle mesure les Oneirokritika ont-ils été novateurs à leur époque ? Pourquoi ont-ils continué à être lu, alors que tant d’œuvres importantes de la même époque sont perdues ?

Le but visé à long terme est d’élaborer une nouvelle traduction annotée et indexée du texte, accompagnée d’une nouvelle édition du texte grec. Si l’étude de la tradition manuscrite ne connaîtra pas de bouleversement, le mauvais état général de la tradition autorise à introduire un nombre important de corrections par rapport aux texte édité par R. A. Pack en 1963, et surtout notre édition sera la première tenant compte systématiquement de la traduction arabe du IXe siècle, donc antérieure au plus ancien manuscrit grec, grâce à l’aide d’un arabisant spécialiste de ces questions, Marc Geoffroy (CNRS). 
Les traductions existantes, en français comme dans les autres langues, sont en outre dépourvues d’un apparat exégétique satisfaisant, ce qui les rend peu commodes à l’usage, surtout pour les historiens et les archéologues. La dernière en date, due à D. Harris-Mc Coy (Oxford University Press, 2012), avec texte grec en regard (mais sans établissement du texte à nouveaux frais), est la seule à proposer un commentaire systématique, mais celui-ci s’attache avant tout à la méthodologie d’Artémidore et à des questions théoriques intéressant les philologues plutôt que les historiens et les archéologues.

Le groupe Artémidore est dans la 9e année de son fonctionnement. Il s’est à ce jour réuni 102 fois, la première réunion ayant eu lieu en septembre 2007. Ces réunions ont lieu au rythme de deux par mois en moyenne et permettent d’avancer dans le travail de traduction.

Outre ces réunions ordinaires, depuis mars 2009 le groupe organise chaque année une journée d’études. La première a été publiée aux Presses universitaires de Paris-Ouest cette année (J. du Bouchet et Chr. Chandezon (dir.), Études sur Artémidore et l’interprétation des rêves, Paris, 2012). Les journées 2010 à 2012 sont parues en un volume aux Belles Lettres (collection L’Âne d’or) en 2014, sous le titre Artémidore et l’interprétation des rêves. Quatorze études, éd. Chr. Chandezon et J. du Bouchet.

Du 21 au 23 mars 2013 s’est tenu un colloque international coorganisé par le groupe Artémidore et l’Institut für Europäische Kulturgeschichte de l’Université d’Augsbourg  : Artémidore de Daldis et l’interprétation des rêves dans l’Antiquité. Textes, contextes, lectures (Artemidor von Daldis und die antike Traumdeutung. Texte – Kontexte – Rezeptionen). Les actes en seront publié chez Akademie Verlag courant 2015.

La cinquième journée d’études aura lieu le 5 juin 2015 à l’École de Médecine (Salle du Conseil).

À terme, le but est de parvenir à une édition avec traduction et notes du Traité d’interprétation des songes d’Artémidore qui paraîtra aux Belles Lettres dans la Collection des Universités de France (collection « Budé »), avant une parution de la traduction seule en format de poche chez le même éditeur.

Pour le calendrier des séminaires, suivre le lien suivant.

 

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